Entomotechnologies et entomophagie

Contexte et engouement

Les humains récoltent et produisent une myriade d’insectes depuis toujours pour s’alimenter. En Amérique du Nord, ce sont 90 espèces d’insectes (criquet des montagnes Rocheuses, sphinx du tabac, leptocère d’Amérique, cigale périodique, mouche alcaline…) qui ont été traditionnellement consommées par les peuples autochtones. Depuis la publication de l’Organisation des Nations Unies mettant de l’avant l’urgence d’intégrer les insectes comestibles dans notre alimentation pour assurer l’approvisionnement d’une population en forte croissance sans mettre en péril le fonctionnement de nos écosystèmes, l’engouement pour l’entomophagie et le développement des entomotechnologies (ou entotechnologies) a explosé de par le monde. Et pour cause !

Des aliments de grande qualité

La production en masse d’insectes comestibles a le potentiel de donner l’accès à des aliments de grande qualité tout en réduisant l’empreinte écologique de la filière agroalimentaire (conversion alimentaire élevée, faible consommation en eau, petite superficie d’élevage, faible émission en gaz à effet de serre, coproduction d’amendement pour le sol, etc.). En effet, si les insectes sont des espèces clés de nos écosystèmes pour le recyclage des matières organiques (MO), ils peuvent aussi devenir des acteurs clés dans la gestion de nos matières résiduelles grâce aux entomotechnologies. En consommant des MO, les insectes peuvent en réduire le volume jusqu’à 45 %, une caractéristique intéressante pour la gestion des matières résiduelles. Ils laissent derrière un volume important de frass — un fumier contenant notamment leurs déjections ainsi que leurs exuvies et des résidus alimentaires — dont le potentiel agronomique est des plus intéressant : biodisponibilité accrue des nutriments, inhibition de la croissance de pathogènes, stimulation du système immunitaire des plantes, etc.

La valeur nutritive des insectes est également très intéressante, bien que les teneurs exactes en nutriments varient en fonction des espèces, du stade de vie et des techniques d’élevage utilisées. Sur une base sèche, les larves d’insectes ont des contenus en protéines, lipides, minéraux (Cu, Fe, Mg, Mn, P, Se, Zn) et vitamines (B2, B5, B8, B9 etB12) élevés ; ce qui en fait une source alimentaire de grande qualité.

Disponibilité et usages

Au Québec, les insectes comestibles sont encore marginaux dans notre écosystème alimentaire, mais l’idée fait son chemin. Ils sont de plus en plus offerts comme aliments sous forme d’insectes entiers grillés, de farine ou intégrés dans des aliments transformés comme des barres protéinées. Ils ont fait leur entrée dans l’alimentation animale au Canada en 2016.

Selon un sondage fait en 2020, trois espèces étaient produites au sein de 26 entreprises actives ou en démarrage. Tous les élevages en activité sont encore jeunes (moins de 5 ans). La grande majorité produit moins de 250 kg d’insectes (en base fraîche) par mois et s’adresse principalement à un marché local ou provincial. Bien que les grillons aient été les premiers insectes comestibles à se retrouver sur les étalages de nos épiceries, seuls 35 % des producteurs québécois s’adonnent à leur élevage. La majorité des éleveurs (55 %) produisent du ténébrion. Toutefois, la production de mouches soldat noire est de loin la plus importante en tonnage sur notre territoire (plus de 5 tonnes par mois) même si elle ne représente qu’à peine 10% du nombre d’entreprises. Les grillons et ténébrions visent principalement le marché de l’alimentation humaine alors que les larves de mouche visent les marchés des animaux d’élevage monogastriques (volaille, porcs et poissons) et des animaux domestiques (poissons, reptiles, chats et chiens).

Un des plus grands avantages

Un des plus grands avantages de produire des insectes comestibles est certainement celui de s’attaquer au fléau du gaspillage alimentaire. En effet, au lieu de décomposer les nutriments de grande qualité comme les protéines et les glucides pour les convertir en humus, nutriments et CO2, les insectes permettent de réinsérer des sous-produits agroalimentaires dans la chaîne alimentaire. Au Québec, c’est plus de 70 % des producteurs d’insectes qui s’adonnent à l’économie circulaire et pour 25 % des éleveurs, la valorisation des résidus organiques s’inscrit même dans la mission première de leur entreprise.

Les deux espèces privilégiées pour le surcyclage (ajouter de la valeur à des matières résiduelles) sont le ténébrion meunier et la mouche soldat noire. Le ténébrion permet de gérer des intrants organiques secs (ex. résidus de meuneries) alors que la mouche soldat noire permet de gérer des intrants à très forte teneur en eau (ex. fruits et légumes non pressés, résidus de restaurants, lisiers et fumiers, etc.). L’optimisation de l’utilisation des ressources pour la production d’aliments alternatifs nouveaux et écoresponsables s’inscrit dans les principes d’une économie circulaire. Cette pratique vise ainsi à repenser nos modes de production et de consommation pour utiliser moins de ressources, protéger les écosystèmes qui les génèrent et exploiter pleinement les ressources déjà en circulation dans nos sociétés.

Ça bouge au Québec

De nombreux acteurs (industrie-gouvernement-recherche) se concertent et s’organisent pour que les insectes prennent la place qui leur revient. Citons ici les mises en place de :

  • Entotech Québec, un OSBL qui sera situé dans l’Innoparc de la ville de Lévis, est un projet structurant visant à développer la connaissance technique, scientifique et d’affaires pour la production, la transformation et la commercialisation d’ingrédients d’insectes comestibles au Québec. Entotech Québec sera aussi un réseau régional intégré de valorisation de résidus, d’élevage, de transformation et de commercialisation d’insectes destinés à l’alimentation humaine et animale. La construction de l’établissement est prévue en 2022 et la mise en activité en 2023.

  • La reconnaissance du secteur des insectes comestibles par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et des entomotechnologies par Recyc-Québec.
  • La concertation des différents acteurs au sein d’une table filière en production et transformation d’insectes comestibles du Québec.

La SEQ, solidaire et impliquée

De diverses manières, la Société d’entomologie du Québec (SEQ) participe à mettre en évidence l’intérêt et le dynamisme déjà très présent au sein de la collectivité québécoise en matière de production et de transformation d’insectes comestibles :

  • Le congrès de la SEQ en novembre 2019 : « Les entotechnologies émergentes : les insectes au service de l’humain ».
  • La session d’information en entotechnologie et entomophagie au congrès virtuel de la SEQ, novembre 2020.
  • Participation aux rencontres annuelles pour la mise sur pied de la table filière dont elle est membre.
  • Nouvelles sections sur son site web et dans la publication Antennae consacrées aux entomotechnologies et à l’entomophagie.

Par sa mission, la SEQ est fière de collaborer à l’essor de cette nouvelle industrie au Québec et de pouvoir mettre à contribution son site Web et sa publication Antennae comme éléments de réseautage et d’information pour la collectivité. Reconnaissons aussi que l’expertise diversifiée de ses membres a beaucoup à apporter en appui aux activités de la table filière et à la Chaire de leadership en enseignement de la production et de la transformation primaire d’insectes comestibles dont le transfert de connaissances sur la biologie des insectes et la production de masse et la mise en place d’activités de recherche et de développement. Tout en soulignant que ce secteur de la production et transformation d’insectes comestibles offre des opportunités d’emplois dans divers domaines pour ses membres : formation, enseignement, recherche et développement, entreprise et commercialisation, etc.

Pour en savoir plus sur les entomotechnologies et l’entomophagie

Quelques définitions concernant les entomotechnologies et l’entomophagie